Conseil européen : le deal franco-allemand sert-il l’Europe ?

30 octobre 2010
La question de la gouvernance économique de l’UE était à l’ordre du jour du Conseil européen du 28 et 29 octobre. Le couple franco-allemand a mené les débats et proposé de renforcer les sanctions prévues par le Pacte de stabilité et de croissance, en insistant sur la discipline budgétaire au sein de la zone euro. Pascal Canfin a réagi à cette actualité pour le JDD.fr.
Extrait d’une interview d’Alice Pouyat sur le JDD.fr

Il y a-t-il aujourd’hui un « diktat » franco-allemand dans les instances européennes ?

On peut difficilement avoir une démarche communautaire et parallèlement une négociation entre deux Etats qui proclament un accord sur des bases différentes de celle de la discussion à 27.

En même temps, on demande au couple franco-allemand d’être locomotive…

Que le couple franco-allemand se mette d’accord c’est bien, c’est même indispensable pour faire avancer l’Europe. Mais qu’il se mette en scène comme si la démarche à 27 était pliée, cela peut sembler très méprisant à l’égard des autres Etats. C’est même contre-productif. Pour jouer le rôle de locomotive, il faut savoir entraîner tout le monde. Ce comportement continue à différencier grands et petits pays.

Sur le fond, ce que souhaite le couple franco-allemand vous semble-il pertinent ?

L’idée d’un fonds de stabilité financière est une bonne chose. Le débat autour des sanctions automatiques aux mauvais élèves, elle, est symbolique, puisqu’on sait qu’on prendre toujours compte partie de la situation des pays. Le problème est que notre politique de gestion des crises, depuis Maastricht, est complètement centrée sur les finances publiques. Or, avec la crise, on s’est rendu compte que les déséquilibres fondamentaux ne venaient pas de ces finances publiques. L’Espagne, par exemple, était dans les clous du pacte de stabilité mais avait une explosion de sa dette privée avec une bulle immobilière.

Que proposez-vous?

Pour continuer à partager une monnaie commune, la gouvernance doit s’élargir à des questions macro-économiques. Il faudrait notamment des critères de balance courante commun. La forte capacité d’exportation de l’Allemagne, y compris au sein de la zone euro, implique par exemple des déficits commerciaux des autres pays. Il faut aussi faire converger l’évolution entre les salaires et la productivité du travail. En Grèce, les salaires augmentent plus que la productivité. C’est l’inverse en Allemagne. La majorité des groupes politiques au parlement sont favorables à cette plus grande surveillance. Problème: Angela Merkel y est très réticente. La France, elle, a renoncé à faire pression sur son partenaire. En échange, l’Allemagne renonce aux sanctions automatiques sur les mauvais élèves en matière de finances publiques : voilà le deal franco-allemand. Je ne suis pas sûre qu’il serve le reste de l’Europe.

– Lire la suite de l’interview de Pascal Canfin « Le couple franco-allemand peut sembler méprisant » – sur le site du JDD.fr

Pour aller plus loin sur le thème de la gouvernance économique en Europe sur le site Europeecologie.eu
:

Gouvernance économique : le conflit est ouvert entre le Parlement européen et les chefs d’Etat.

– Dossier spécial – SOS Grèce : vers une gouvernance économique européenne ?

– La page personnelle de Pascal Canfin, membre de la commission des Affaires économiques et monétaires au Parlement européen.

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