Monnaie commune, destin commun

25 mars 2010
La zone euro est en crise et la sortie n’est pas encore en vue : si le nouveau gouvernement grec avec le soutien de sa population a déjà annoncé des mesures courageuses afin de réduire son déficit (et une dette publique qui devrait atteindre 290 milliards d’euros cette année), la famille européenne, elle, ne cesse de débattre de la stratégie à adopter alors qu’un de ses membres menace de faire faillite.
25 et 26 mars 2010 : lors du Conseil européen de printemps, les Etats-membres tenteront de se mettre d’accord sur un dispositif d’aide et répondront à la question d’une éventuelle assistance financière à la Grèce… sur laquelle tout le monde butte. D’une part, Angela Merkel, la chancelière allemande, est hostile à tout soutien financier. L’Allemagne souligne que le traité institutionnel européen ne permet pas de « renflouer » un Etat de la zone euro en difficulté. Prêter à Athènes pourrait, craint-elle, créer un précédent qui obligerait la zone euro à venir en aide à d’autres Etats membres fragilisés par la crise, comme l’Espagne, l’Italie, le Portugal ou l’Irlande.

Vers un fonds monétaire européen

Pourtant, ce même traité n’interdit pas à la Commission européenne d’utiliser un fonds d’urgence, ce que par ailleurs elle a déjà fait au profit de pays comme la Hongrie ou la Lettonie, hors zone euro. Si la volonté politique existe, les outils pour aider la Grèce seront trouvés. La Commission, elle-même, considère que des prêts bilatéraux seraient compatibles avec le traité. Une solution loin d’être idéale mais qui a l’avantage de permettre à la Grèce d’emprunter à des taux avantageux et de ne plus être à la merci de l’humeur des marchés financiers.

A plus long terme, la création d’un fonds monétaire européen (FME) est souhaitable afin d’aider les pays rencontrant des difficultés et de permettre à l’Union de régler toute seule ses déséquilibres… sans avoir besoin de recourir à l’intervention du Fonds monétaire international (FMI). Mais les politiques préconisées par ce « FME » devront différer sensiblement des politiques habituellement soutenues par le FMI qui consistent essentiellement à couper dans les dépenses sociales et non, par exemple, à augmenter les impôts des plus riches. Par ailleurs, l’idée du FME suppose de changer les traités ce qui est impossible dans l’immédiat. Ce fonds ne peut donc être considéré comme une réponse crédible au problème immédiat de la Grèce.

Le pacte de stabilité en questions

Cette crise met en lumière le problème du manque de coordination des politiques économiques dans la zone euro. L’Union européenne n’a pratiquement aucune marge de manœuvre avec un budget limité à 1 % de son produit intérieur brut (PIB). De fait, la politique budgétaire est restée du ressort des Etats. La seule règle de coordination qui existe, c’est le Pacte de stabilité et de croissance qui limite le déficit public des membres de l’Union européenne à 3 % du PIB et leur dette publique à 60 % du PIB. Des règles qui n’ont manifestement pas suffi à prévenir la crise que traverse actuellement la Grèce.

Pourquoi ne pas se donner les moyens de la solidarité ? Pour le groupe Verts/Ale au Parlement européen, la logique punitive du Pacte de stabilité doit faire place à une gouvernance collective de notre projet commun qu’est l’euro. Cela suppose d’augmenter les marges de manœuvre budgétaire de l’Union européenne et de ne pas réduire la coordination économique aux seuls déficits publics. La situation économique de chacun des membres de la zone euro doit être analysée par l’Eurogroupe, qui rassemble les ministres des finances de la zone euro, et par la Commission afin d’aboutir à une plus grande convergence des politiques économiques.

– Lire la tribune de Pascal Canfin, Daniel Cohn-Bendit et Sven Giegold : « La crise impose à l’Europe de repenser en profondeur ses politiques économiques » dans Le Monde.
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