Nord-Sud : notre contribution aux Assises du développement

Les Assises du développement et de la solidarité internationale se terminent. Lancées le 5 novembre 2012 et pilotées par Pascal Canfin, Ministre délégué chargé du développement, elles ont réuni pendant quatre mois des acteurs du développement et de la solidarité internationale. Au cours de cette consultation, les eurodéputées EELV ont concentré leurs propositions sur l’Union européenne en dénonçant le manque de cohérence de ses politiques.
Plusieurs mois de débats, 600 participants du Nord et du Sud, 19 tables rondes… ont donné lieu à de nombreuses contributions censées guider le gouvernement dans son objectif de rénovation de la politique française de développement. Parmi ces propositions, celle des eurodéputés EELV : Eva Joly qui préside la commission Développement au Parlement européen, Catherine Grèze, coordinatrice de cette même commission pour le groupe des Verts/ALE, Michèle Rivasi, vice-présidente de la délégation du Parlement européen à l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE (Afrique, Caraïbes, Pacifique), et Nicole Kiil-Nielsen, membre de la commission Droits de la femme et égalité des genres. Elles ont participé aux débats et exprimé leurs priorités en terme de cohérence des politiques pour le développement de l’Union européenne.

Vers plus de cohérence

La politique de développement de l’Union européenne (UE), élaborée progressivement, constitue aujourd’hui un des piliers de ses relations extérieures. Cependant, il existe un grand problème de coordination et de fragmentation de l’Aide publique au développement (APD), dans le domaine de l’aide internationale. Entre l’UE et les Etats-membres d’une part, entre la politique de développement et les autres politiques extérieures de l’UE d’autre part.

La cohérence des politiques pour le développement est donc un sujet central. Le Traité de Lisbonne consacre d’ailleurs explicitement l’éradication de la pauvreté comme un objectif de l’UE (article 21). Pour l’atteindre, une approche cohérente dans l’action extérieure de l’UE (article 208) est nécessaire notamment avec les politiques agricoles, commerciales, de santé, de pêche, la lutte contre les changements climatiques et les paradis fiscaux.

Inutile en effet de se « donner bonne conscience » en allouant des milliards en APD aux pays du Sud si, par ailleurs, on entrave leur développement par des politiques agricoles et commerciales ne bénéficiant qu’aux multinationales, par des accords de pêche iniques aux bénéfices discutables pour les populations et qui détruisent petits pêcheurs locaux et ressources halieutiques, par des traités commerciaux qui « oublient » les normes sociales ou bafouent les droits de l’homme et entraînent la disparition des productions locales au profit des cultures d’exportation. Veiller à la cohérence des politiques pour le développement doit être notre objectif prioritaire. Sans celle-ci, le travail mené au niveau institutionnel et sur le terrain, tous deux complémentaires, ne pourra aboutir à faire reculer la pauvreté dans le monde.

Politique commerciale européenne

Pour les écologistes, les priorités pour la future politique de développement sont simples. Il faut d’abord inverser la logique de la Commission européenne qui a toujours eu le travers d’interpréter la politique de développement par le prisme du commerce international, qu’elle présente même comme la solution. La cohérence des politiques pour le développement doit être au cœur même de tout accord ainsi que le respect systématique des normes environnementales et sociales, tout en incluant la société civile.

Le modèle de développement de l’Amérique latine, reposant essentiellement sur l’extraction des matières premières, est largement encouragé par l’Union européenne. Pourtant, les conséquences des grands projets d’exploitation sont souvent néfastes pour la population comme pour l’environnement. Les Traités de libre échange avec cette région vont ainsi totalement à l’encontre des objectifs de la politique de développement. Trop d’exemples désastreux des conséquences de l’exploitation du pétrole dans des pays en développement ou émergents existent. Les conséquences sur les populations locales et leur environnement de cette exploitation des ressources minières et pétrolières vouées à l’exportation vers nos pays européens aux modèles de développement énergivores par des entreprises européennes et notamment françaises (Repsol, Total, Pérenco,…) sont souvent terribles (par exemple Le Neuquen en Argentine, Le Péten au Guatemala…)

La « Biopiraterie » représente également un défi important à relever en termes de cohérence. Cette pratique va à l’encontre des engagements de l’Union en matière d’éradication de la pauvreté et de protection de la biodiversité. La politique commerciale en matière de droits de propriété intellectuelle va à l’encontre de ce principe de cohérence.

Sécurité et souveraineté alimentaire

Nous déplorons également l’absence de cohérence des politiques s’attaquant aux causes premières d’insécurité alimentaire comme : l’usurpation, la spéculation, l’impact de la PAC, les agrocarburants, la libéralisation des marchés financiers. L’accès à une alimentation adéquate est un droit de l’Homme universel et une grande préoccupation pour les pays en développement. Pour garantir la sécurité alimentaire, il faut en priorité soutenir les petits et moyens agriculteurs et la mise en place de marchés locaux, lutter contre la spéculation et l’accaparement des terres, et mettre en œuvre des politiques cohérentes.

Coordination de l’aide en matière de santé

Les aides aux pays en développement dans ce domaine sont actuellement trop morcelées et souffrent d’un manque d’organisation entre pouvoirs publics et associations. Il est donc nécessaire de coordonner ces aides. Nous regrettons que la Commission européenne peine à consacrer 20% du FED aux secteurs sociaux, comme elle s’y est pourtant engagée. Nous plaidons pour un rééquilibrage au profit de l’aide bilatérale et une plus grande conditionnalité des aides au renforcement effectif des systèmes de santé. Ces systèmes ne doivent pas se limiter aux seules politiques de vaccination : plus de dispensaires sont également nécessaires, afin que l’ensemble des malades soient pris en charge. Avant tout, il faut agir sur la gouvernance et sur les systèmes plutôt que de mener des actions qui ne conforteront pas la pérennité des systèmes de santé. Ainsi en matière de formation des personnels de santé, il est important que ce soient les Etats eux-mêmes qui paient leurs personnels et leurs permettent des conditions d’exercice correctes plutôt que de s’en remettre à l’aide internationale. Par ailleurs des efforts devraient être faits en direction des femmes, qui ont un accès plus faible que les hommes à l’éducation.

Accès aux médicaments

Cette question de fond demeure. La propriété intellectuelle est un obstacle. La déclaration de Doha permet d’introduire des flexibilités mais des accords bilatéraux remettent parfois en cause celles-ci : il n’y a pas aujourd’hui d’accès facile aux médicaments car les laboratoires attaquent régulièrement en justice.

Lutte contre l’évasion fiscale et les paradis fiscaux

Nous réclamons depuis longtemps la mise en place contraignante du « country-by-country reporting » pour toutes les entreprises européennes – dans un premier temps – opérant dans des pays en développement. Connaître leurs bénéfices pays par pays, le montant exact des taxes payées, le nombre de personnes qu’elles emploient, la quantité de ressources extraites ou de matières produites est la seule façon de lutter efficacement contre la corruption et l’évasion fiscale à grande échelle dont les multinationales sont coutumières, et de permettre ainsi aux PED de légitimement jouir de l’exploitation de leurs richesses. L’obligation de transparence pour nos entreprises européennes – notamment dans les transactions intragroupe – doit être une des priorités de nos politiques de développement.

L’initiative volontaire, « the Extractive Industries Tranparency Initiative » (EITI), déjà mise en place dans certains pays riches en ressources gazières, pétrolières et minérales, doit être étendue à tous les pays riches en ressources, et les entreprises doivent publier leurs activités financières en détails dans chaque pays où elles sont implantées, comme la Commission européenne l’évoque dans sa proposition de révision des directives comptables et de transparence. L’EITI doit être incluse dans tous les accords commerciaux. Les « bonnes » pratiques volontaires ne suffisent pas et la transparence ne doit pas être « une option ». La transmission d’informations précises et complètes doit être assortie d’un véritable système de contrôle.

Les paradis fiscaux facilitent la spéculation, sur les denrées alimentaires par exemple, et l’instabilité financière. En permettant la fuite illicite des capitaux, ils sont responsables chaque année d’un énorme manque à gagner en matière fiscale pour les PED. Pour réduire leur dépendance vis-à-vis de l’APD, nous devons donc lutter contre ces centres financiers extra-territoriaux (offshore) qui prédominent toujours, notamment au sein de l’UE, malgré leur engagement à respecter les normes de l’OCDE sur la transparence et l’échange de données. L’Union européenne doit pour cela se doter de sa propre définition des juridictions non coopératives suivant des critères définis par ses soins et coopérer avec les pays pauvres afin de renforcer les appareils judiciaires et les organismes anti-corruption. Les capitaux doivent en effet s’investir dans l’économie réelle et au service des citoyens dans le monde.

Responsabilité sociale des entreprises

Des obligations juridiquement contraignantes doivent également être mises en place pour les investisseurs étrangers dans les pays en développement en matière de droits de l’Homme, d’environnement, ou de normes du travail de l’OIT. Les entreprises françaises et européennes ainsi que leurs filiales doivent être tenues responsables légalement dans leur pays d’origine en cas de violation de ces obligations.

Le défi de l’égalité hommes – femmes

Les Assises du développement ont également été l’occasion de débattre de la position de la France dans l’agenda post-2015 et plus particulièrement de la question de l’égalité femmes-hommes dans la définition et la mise en œuvre de ces futurs objectifs. Douze ans après l’adoption des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), les femmes et les jeunes filles font toujours face à des difficultés spécifiques liées à leur statut dans la société et à des discriminations de genre, dans tous les domaines du développement.

On le sait aujourd’hui les OMDs en matière de santé maternelle et de mortalité infantile ne seront pas atteints et sont parmi les plus mal placés. Le lien entre genre et développement reste encore souvent méconnu pour un grand nombre d’acteurs. La question du genre doit pourtant être prise en compte pour lutter contre la pauvreté ou contre le changement climatique.

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Un commentaire

  • meleze dit:
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    Dans un article du monde de ce matin a propos de Chypre qui est paradis fiscal européens et qui se permet de se déclarer en faillite la journaliste Marie Jego écrit que ce sont près de 5O milliards qui se sont évadés de Russie via Chypre l’année dernière (2012). Pourquoi est-ce que le groupe des verts ne proposent pas purement et simplement la saisie de ces sommes? Pourquoi souffrir de l’austérité alors que des pays d’Asie non européens font passer sous notre nez le capital dont nous avons besoins pour équilibrer nos comptes?

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