Visite du dispositif parisien de mise à l’abri et d’hébergement des mineurs isolés étrangers: un exemple pour le Calaisis ?

16 juin 2010
Ce déplacement fait suite à notre visite à la Maison du jeune réfugié en date du 30 avril dernier. Ce vendredi 11 juin 2010, étaient présentes Catherine Bourgeois (Conseillère régionale), Monique Delannoy (La Belle Etoile – Calais), Lily Boillet (Terre d’errance). Hélène Flautre (Députée européenne) était excusée.
Ces visites visent à s’enquérir du fonctionnement d’une partie du dispositif parisien d’accueil, de maraude, de mise à l’abri et d’hébergement afin de mieux comprendre ses rouages et déterminer ce qui serait le plus adapté au Calaisis.

A quelques pas du métro Jaurès, l’Armée du Salut distribue quotidiennement les repas. Deux longues files, femmes et hommes séparés, patientent inlassablement chaque jour pour l’obtention d’un repas. En contrebas, le long du Canal St martin, plusieurs campements abritent de nombreux migrants, en grande majorité d’origine afghane. Accompagnée de France Terre d’Asile, la délégation peut échanger quelques mots avec les migrants sur leur situation. Certains d’entre eux étaient à Calais quelques mois plus tôt, d’autres y seront dans quelques jours.

Si peu de mineurs sont vraisemblablement présents, c’est qu’ils ont rendez-vous Place du Colonel Fabien un peu plus tard dans la soirée. Là, les travailleurs sociaux des associations chargées de ces maraudes se livrent à un exercice périlleux: déterminer la minorité de ces personnes. Avec pour cela, le jugement sur le faciès comme seul instrument. En cas de surnombre, seuls 25 d’entre eux seront « sélectionnés » pour une mise à l’abri immédiate, les locaux ne permettant pas un plus large accueil. Ce système force les enfants à démontrer leur minorité en montrant des « taskera », pièces d’identité afghanes, très vite accusées d’être fausses. Par chance, ce jour, 25 jeunes considérés comme mineurs attendent, ce qui permet d’assurer la mise à l’abri de tous…pour cette nuit-là.

Ces 25 jeunes sont donc ensuite amenés à l’Espace Solidarité et Insertion « Maison du Partage », établissement géré par l’Armée du Salut. Cette simple pièce de 30m2, dotée de sanitaires et de douches, permet à ces jeunes de se restaurer et ensuite dormir à l’abri. Réquisitionné dans le cadre du dispositif Versini, il sert le jour de centre d’accueil pour les SDF, ce qui les oblige à quitter les lieux le matin pour 7h30. Toutefois, le local parait inadapté à l’accueil de nuit: chaque soir, après le repas, les tables sont poussées pour laisser place aux tapis de sol. Imposé à l’Armée du Salut par la DDASS durant l’hiver 2008-2009, cet accueil reste précaire tant pour les jeunes que pour les travailleurs qui voient leur contrat renouvelé au jour le jour depuis cet hiver là. Les travailleurs sociaux de FTDA n’ont pas plus de dix minutes, avec traducteur, pour discuter avec les jeunes – au moins les nouveaux. Il s’agit alors de déterminer les plus motivés pour rester en France, lesquels verront leur dossier suivi avec vigueur et se verront proposer un hébergement à l’AMIE (Accueil pour Mineurs Isolés Etrangers), dans la limite des places disponibles.

La visite se poursuit ensuite à l’AMIE, situé près de la gare de l’Est. Cette structure d’hébergement est gérée par France Terre d’Asile et financée par le département, la région Ile de France et dans une moindre mesure l’Etat. Le bâtiment, loué à FTDA, appartient à la régie immobilière de la Ville de Paris. Son fonctionnement est lui financé uniquement par le Département de Paris. On y compte 25 chambres individuelles, espace d’accueil, cuisine, salle d’activité, etc. Cette structure est donc complémentaire à celle d’accueil de jour où sont dispensées les activités éducatives, culturelles et sportives. Tous les jeunes y résidant ont été au préalable pris en charge par le dispositif de mise à l’abri « Versini » et font l’objet d’une admission à l’ASE (Aide sociale à l’enfance). Toutefois, celle-ci ne serait pas automatique mais conditionnée aux bons résultats en termes d’intégration, de stabilisation et d’apprentissage du jeune, jugés à la discrétion des travailleurs sociaux.

Suite à cette visite quelques interrogations subsistent.

Si ce système est effectivement impressionnant au vu des moyens mis en œuvre, notamment dans les locaux, il peut laisser perplexe sur la sélection opérée par les travailleurs sociaux qui, face aux limites des structures, choisissent ceux qui mériteraient de bénéficier de ce système. Cette sélection semble aussi être opérée pour que les jeunes présentés au juge garantissent une stabilité et une certaine capacité d’intégration qui puissent garantir la « réussite » de ce système et sa pérennité. Dans ces conditions, qu’advient-il des jeunes dits « difficiles » à savoir les moins stables, les plus abimés par l’errance, ceux qui se scarifient, ceux qui font les marioles pour se changer les idées, ceux aguerris à la loi du plus fort, les violents, les timides? Pour tous ceux qui n’ont pas été signalés, il n’existe aucune perspective de régularisation à leur majorité.

Aussi, le risque n’est-il pas aussi que les jeunes – du moins ceux assez forts pour envisager de rester dans les conditions actuelles- végètent trop longtemps sans signalement, ce qui les amènerait vite à leur majorité, où ils devront reprendre la route car rien n’aura été mis en place pour leur régularisation, ou vivre clandestinement. C’est d’ailleurs ce qui se passe au Royaume-Uni où beaucoup de jeunes sont très bien accueillis dans des centres qui proposent des activités. Mais puisque qu’aucune demande d’asile n’est entreprise, ni aucune procédure de régularisation ouverte, quel sera le sort de ces jeunes à leur 18 ans ? Sans aucun doute l’expulsion, ce qui rend leurs efforts d’adaptation et d’intégration vains.

Enfin, ce dispositif est-il transposable en l’état dans le Calaisis? Sur Paris, FTDA embauche un effectif humain important, notamment pour faire les maraudes: en sera t il de même sur le Calaisis? Comment se déroulera le signalement au juge? Comment obtiendront-ils les OPP (Ordres de Placement Provisoire) nécessaires à la suite des dossiers de régularisation? De nombreuses questions subsistent qui se doivent d’être discutées entre les acteurs locaux, politiques comme associatifs.

Ce système ne doit pas faire office de vitrine laissant les nombreux jeunes qui n’entrent pas dans ses cases sur le côté. L’intérêt du mineur doit toujours prévaloir sur toute autre considération, notamment celle de gestion de flux migratoires.

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