Bluewashing au Parlement : les eurodéputé⸱e⸱s diluent l’interdiction du chalutage de fond dans les aires marines protégées mais actent également des avancées

7 mai 2022

Mardi 3 mai, le Parlement européen a voté le rapport d’initiative « Vers une économie bleue durable au sein de l’Union » (de la députée socialiste Isabelle Carvalhais) dans lequel Caroline Roose avait introduit un amendement visant à interdire le chalutage de fond dans toutes les aires marines protégées.

Cet amendement avait été adopté à la fois par la commission du Développement et la commission de la Pêche. 

Cette demande était très importante car, aujourd’hui, en Europe, de nombreuses aires marines protégées sont en fait très peu protégées et subissent le chalutage de fond.

À l’initiative de certain·e·s élu·e·s Renaissance (LREM), la majorité des député⸱e⸱s européen⸱ne⸱s a voté pour une formulation fortement diluée de cette demande – demandant à ce que les techniques de pêche les plus destructrices soient uniquement interdites dans les aires “strictement” protégées, soit une infime partie d’entre elles.

Caroline Roose avait, d’ailleurs, expliqué pourquoi cette formulation était problématique et ne permettait pas de protéger les aires marines protégées dans une vidéo ainsi que lors de mon intervention avant le vote:

 

Les trois amendements déposés par Caroline Roose et ses collègues du groupe Verts/ALE ont été adoptés et doivent permettre des mesures fortes pour la protection de la biodiversité marine. Mais l’opposition à l’interdiction du chalutage de fond dans les aires marines protégées est un énième manque de courage. 

Ce résultat est, en partie, imputable au double jeu et à l’hypocrisie de certain⸱e⸱s député⸱e⸱s Renaissance. Après avoir déposé l’amendement en question, ils ont ensuite cherché à faire marche arrière, sous la pression de l’opinion publique, mais n’ont pas tenu leur promesse. Finalement, leur groupe a été totalement divisé dans cette vaste opération de “bluewashing”, que j’ai dénoncée avec colère et déception.

 

 

 

Le chalutage de fond est pourtant reconnu comme la technique de pêche qui a le plus d’impact sur les fonds marins 

Le chalutage de fond, c’est quoi ? C’est une technique de pêche qui consiste à racler le fond des océans avec un grand filet de forme conique qui récupère tout sur son passage.

Les scientifiques sont clairs : les activités de chalutage de fond détruisent des habitats essentiels pour les poissons et conduisent à des captures accessoires d’espèces marines sensibles qui se prennent dans les filets.

Par ailleurs, le chalutage de fond perturbe les écosystèmes des fonds marins qui sont d’importants réservoirs de carbone, leur protection est donc clef pour sauver le climat.

Perspectives pour la suite : des avancées incontestables grâce à une très forte mobilisation citoyenne

Il faut le souligner, nous avons aussi obtenu de vraies avancées dans ce rapport. Notre amendement qui demande à l’Union européenne d’interdire toutes les activités industrielles extractives néfastes dans les aires marines protégées a été adopté. Il envoie un très fort signal en montrant que de nombreuses activités économiques sont en réalité incompatibles avec la notion d’aires marines protégées.

Un autre de nos amendements adoptés demande de limiter partout l’usage des techniques de pêche les plus destructrices comme le chalutage de fond pour réduire leurs impacts sur le climat, les fonds marins et la biodiversité. 

Enfin, dernière avancée, le Parlement européen demande d’identifier les habitats des fonds marins qui jouent le rôle de réservoirs de carbone pour les protéger des impacts des activités humaines comme la pêche de fond. C’est crucial pour sauver le climat.

Plus globalement, le rapport comprenait déjà des propositions ambitieuses sur la protection des petits pêcheurs artisans, la pêche internationale et la sécurité alimentaire et la protection des populations côtières des pays en développement, les industries extractives, un moratoire international sur l’exploitation minière en eau profonde, etc. 

Caroline Roose vous remercie pour votre mobilisation, celle des associations, pour les lettres que vous avez envoyées à vos eurodéputé⸱e⸱s : cette mobilisation prouve que beaucoup ont compris l’importance d’encadrer plus fortement les techniques de pêche les plus destructrices pour la biodiversité, le climat et le futur de la pêche. Cela nous a permis de tenir bon face à l’intense travail de lobbying de la pêche industrielle ces derniers mois et à la forte opposition de certains groupes politiques, notamment de la droite.

Ce rapport est un rapport d’initiative – et pas une législation – ce qui veut dire que c’est désormais à la Commission européenne de s’en saisir pour faire des propositions. Elle s’était déjà engagée à agir via sa stratégie biodiversité 2030 mais doit désormais passer à la vitesse supérieure, protéger réellement les aires marines protégées et l’ensemble des océans. 

Nous n’avons plus de temps à perdre et mon combat continue. Caroline Roose l’a rappelé dans l’émission l’oeil du 20h sur France 2 le 4 mai, ainsi que dans l’émission Quotidien. 

 

 

 

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