Jean-Paul Besset : « Il y a une hypocrisie des Etats-membres sur la pêche »
15 novembre 2012 Environnement Agriculture et Pêche Pêche Biodiversité Union Européenne Institutions européennes
Les ministres européens de la pêche se sont mis d’accord, mercredi 24 octobre, pour prolonger des aides controversées à la casse ou à la modernisation de navires. Des aides critiquées par la Cour des comptes européenne et les mouvements écologistes pour avoir, ces dernières années, subventionné la sur-pêche et aggravé la raréfaction des ressources halieutiques. Lire l’interview de Jean-Paul Besset, membre de la commission Pêche, sur Le Monde.fr.

- Lire l’article « Il y a une hypocrisie des Etats-membres sur la pêche »
sur le site du Monde

La décision du conseil des ministres européens vous a-t-elle surpris ?

On savait que les Etats poussaient très fort dans ce sens-là. Malheureusement, c’est une décision contradictoire avec la volonté de la nouvelle politique de pêche commune, centrée sur une pêche durable. Avec cette décision de distribuer de l’argent pour construire de nouveaux bateaux, on va prolonger l’ancienne politique de la pêche, qui a coûté très cher et n’a pas su créer de dynamique de développement durable.

On va rajouter de la puissance de pêche en Europe, alors que la base de la discussion sur la réforme de la politique commune de pêche, c’est qu’il faut réduire les capacités pour améliorer les stocks de poisson et les emplois des pêcheurs, au moment où des études convergentes de la communauté scientifique démontrent l’effondrement de la ressource en poissons.

Quelle sera la conséquence du maintien de ces aides ?

Il faudra voir ce que l’on met concrètement derrière cette décision : la modernisation de la flotte et son renouvellement, ça ne signifie pas la même chose. La modernisation, nous y sommes favorables si cela signifie l’amélioration de la sécurité et des conditions de travail, des bateaux plus écologiques, en terme de consommation d’énergie notamment, des engins de pêche plus sélectifs. En revanche, le renouvellement, cela veut dire de nouveaux bateaux, plus puissants, avec une augmentation de la capacité de pêche.

Tout le monde est d’accord pour tirer un bilan négatif de la politique actuelle, basée sur des subventions sans fin au secteur, un épuisement des ressources en poissons, un épuisement social des pêcheurs. Mais je crains que sous la pression électorale, les gouvernements favorisent le renouvellement des flottes au détriment de l’objectif de modernisation. 

Qui pousse principalement au maintien de ce système ? 

La France, l’Espagne... Il y a dans ces pays une forte pression sociale pour aller pêcher toujours plus loin, toujours plus profond. Les gouvernements ne savent pas dire au secteur qu’il faudrait plutôt pêcher moins pour pêcher mieux, s’organiser pour partager la ressource de manière équitable. Il y a une hypocrisie des gouvernements européens : ils veulent une nouvelle politique fondée sur d’autres critères, plus durables, et en même temps ils décident de maintenir le système d’aides à la flotte... Il y a là une contradiction béante.

La position défendue par le gouvernement français, notamment, est contradictoire avec ses engagements en faveur du développement durable. Il faut être cohérent. On ne peut pas avoir une posture vis-à-vis des écolos et une politique à la petite semaine à coup de subventions, une politique de guichet pour séduire un électorat.

Le texte doit maintenant être examiné par le Parlement européen. Y a-t-il une chance de voir les députés revenir aux propositions plus ambitieuses de la Commission européenne ?

Nous, députés écologistes, n’allons accepter la version votée par les ministres ni en commission de la pêche, ni en séance plénière. On peut trouver une majorité, mais ce sera une bataille difficile. Il n’est pas question de retomber dans l’ornière des subventions à la flotte pour des raisons de court terme.

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