Auditions des commissaires : suite et… presque fin

Il restait 3 candidat.es au poste de commissaire européen à passer sur le gril du Parlement. Trois auditions qui ont hélas renforcé nos doutes. Car sur des sujets comme l’urgence climatique, l’intégrité du personnel politique ou la défense des valeurs humanistes européennes, cette Commission est décidément loin du diagnostic transmis par les électrices et électeurs lors des élections européennes, le 26 mai dernier.

Commissaire aux transports : business as usual…

La nomination d’une femme à un poste si important, qui plus est dans le secteur des transports traditionnellement si masculin, est toujours une bonne nouvelle. Mais ça ne suffit guère. Car le secteur des transports continue de voir ses émissions de CO2 croître depuis 1990, à l’inverse d’autres comme l’agriculture. L’impératif est donc qu’il réduise ses émissions.

Hélas, avec Mme Valean, le secteur des transports ne devrait pas être bousculé. Sur la contribution des transports à la réduction de 55% des émissions de CO2 de l’Union européenne d’ici 2030, elle préfère botter en touche. Idem sur la taxation du secteur aérien, sans laquelle il devrait exploser dans les années à venir, avec les conséquences que l’on sait en matière d’émissions. Aucun engagement sur la reconversion nécessaire des salarié.es du secteur des transports, et notamment l’automobile, qui vit une véritable révolution avec le passage à l’électrique. Et encore moins sur le dumping social, la relance du rail ou les mobilités actives.

Nous ne pouvions logiquement donner notre feu vert à sa nomination. Si elle l’a malgré tout obtenu, nous espérons malgré tout avoir avec elle une collaboration fructueuse pour répondre conjointement aux nombreux défis des transports.

Thierry Breton : un businessman à la Commission

À la fois politicien de carrière, élu dès 1988 conseiller régional, et patron d’industrie, M. Breton fait partie du gotha économique et politique français depuis 30 ans, puisqu’après avoir contribué à la construction du Futuroscope, il dirigea la CGI (société de services informatiques), avant de prendre la tête de BULL, de THOMSON, FRANCE TELECOM, puis de devenir Ministre des Finances du gouvernement Villepin sous Jacques Chirac. En 2008, il devint président de la multinationale ATOS.

C’est la première fois qu’un dirigeant de multinationale est nommé à la Commission Européenne. Cette situation sans précédent soulève de multiples questions éthiques, démocratiques et politiques. Il est de notre devoir de nous assurer qu’en endossant ce rôle, il agisse désormais au nom de l’intérêt général et non d’intérêts privés. Pour cette raison, nous n’avons pu que déplorer la décision, prise mardi 12 par une majorité au sein de la commission JURI, de ne pas traiter ses conflits d’intérêts potentiels par des questions écrites préalables à toute audition, comme cela aurait dû être le cas avec son profil. En effet, le chevauchement est flagrant entre ses activités de chef d’entreprise et ses missions de futur commissaire européen. Ces questions auraient dû être abordées dans l’intérêt des citoyens européens et de la démocratie européenne.

Finalement invité à être auditionné par les commissions IMCO et ITRE jeudi 14 novembre, M. Breton a fait preuve d’autant de sérieux sur les questions dont il est spécialiste, (le numérique et la défense), qu’il est paru évasif et peu convaincant sur les questions liées au dérèglement climatique, dont il aura pourtant la charge. Comment atteindre les objectifs d’une industrie neutre en carbone d’ici 2050 ? Quelle limitation de la consommation des ressources pour l’industrie ? Quelles mesures contraignantes pour s’assurer d’atteindre l’objectif fixé ? Autant de questions qui restent hélas en suspens, suite à son audition. Et si conservateurs, libéraux et socialistes lui ont accordé de concert leur feu vert, nous resterons vigilants sur le fond, et sur l’éthique de son action. Ce que confirme en tout cas l’audition de M. Breton, c’est, plus que jamais, l’urgence de créer une Haute autorité européenne de la transparence, pour garantir qu’au-delà des personnes, l’Union européenne soit aussi gage de confiance entre les citoyen.ne.s et leurs représentant.e.s.

Commissaire hongrois : le business de la peur…

Quoi de pire que de confier le portefeuille en charge de l’élargissement à un proche de Viktor Orban ? Malgré nos efforts, c’est pourtant ce qui s’est passé cette semaine. Diplomate de carrière, M. Varhelyi faisait partie de l’équipe de négociation dans le cadre de l’accession de la Hongrie à l’UE en 2002. Après des années au sein de cabinets ministériels en Hongrie, dont ceux de l’intégration et de la justice, il devint chef d’unité Services et marché intérieur de la Commission européenne de 2008 à 2011, avant de rejoindre l’ambassade hongroise de Bruxelles en tant que n°2 de 2011 à 2015, et n°1 depuis. Un pedigree en apparence parfait pour connaître les arcanes de Bruxelles. Et pour y représenter l’intérêt général européen ? Là, c’est une autre histoire, hélas…

En effet, l’inquiétude est grande de voir ce proche d’Orban effacer les critères d’accession dits « de Copenhague », pour les remplacer par ceux de…Budapest, xénophobes et obsédés par la préservation d’un héritage culturel européen. À cela, ajoutons que la proximité de son gouvernement avec Vladimir Poutine n’annonce rien de bon, quand on sait à quel point le chef de la Russie tente d’interférer dans les affaires européennes. Du reste, le bilan de M. Varhelyi en tant que diplomate n’a rien de rassurant. Il a ainsi pris soin de bloquer des négociations sur l’Euroméditerranée : poursuivra-t-il les efforts de l’Europe pour nourrir le dialogue avec nos voisins du Sud ? Enfin, en entravant la signature d’un texte avec la Chine, il a empêché l’Europe de parler d’une seule voix avec Pékin. Le risque est que cet artisan des divisions intra-européennes poursuive son travail de sape depuis Bruxelles même…

S’il a obtenu le feu vert des conservateurs, des europhobes et de l’extrême-droite, nous avons réussi à former une majorité pour lui barrer provisoirement la route. De nouvelles questions écrites lui ont été envoyées, auxquelles il doit répondre d’ici lundi midi. Si une majorité d’entre nous estime qu’elles ne sont pas satisfaisantes, une nouvelle audition de M. Varhelyi se tiendra alors mardi 19 novembre au matin.

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